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jeudi 2 avril 2020

La beauté

LA BEAUTÉ EST DANS L'INSTANT PRÉSENT

"La vie sensorielle est sans inquiétude, sans demande, sans remord. Les choses sont ce qu’elles sont. C’est la manière de vivre créative : on ne sait rien, on ne veut rien, tout ce qui arrive on le veut, parce que c’est là. Il ne peut rien y avoir de plus grand que ce qui est là dans l’instant.
Le reste est fantaisie. La spiritualité est une fantaisie, une psychopathie. La spiritualité, c’est uniquement ce qui est là dans l’instant. Toute la beauté est là. Si je pense à demain, à hier, j’insulte le moment. À vrai dire, j’ai peur du moment, j’ai peur de n’être rien, j’ai besoin de défendre mon image. Or, dans l’instant, on ne peut rien être, ni défendre, on n’a pas de prétention à être quoi que ce soit. Alors, qu’est-ce qui pourrait gêner ? (Psychologiquement, j’entends.)
Le corps, bien sûr, est là : la jambe bouge, le chien mord la main, on va réagir, ça c’est fonctionnel. Mais la réaction psychologique de vouloir être une personnalité, être aimé, être approuvé… cela vous quitte complètement."
Éric Baret

lundi 30 mars 2020

Là où vivent les notes de Mozart.

une respiration paisible et silencieuse
Je ne crois pas.
J'essaie de croire.
Les religions m’intéressent comme tout ce qui permet à la fois de regarder plus profondément en soi et de se hisser au dessus de la masse nuageuse.
Comme tout ce qui permet de ressentir notre lien au cosmos, cet espace d'où nous pouvons nous élever.
Souvent, pour retrouver cet état d'esprit, il faut remonter loin en arrière.
Avant que les religions ne deviennent politiques, avant que les Romains ne deviennent chrétiens, avant le Golgotha, avant même Abraham.
Revenir à ces civilisations où l'homme n'était pas seulement cette machine à tuer le désir.
Je pense aux Indiens qui sont arrivés il y a plus de quinze mille ans en Amérique, et qui avaient une spiritualité en lien intime avec la nature. Les Anasazi, par exemple, dont les gravures primitives qui nous restent dans la région de Sedona ont tant inspiré Max Ernst. Pour eux, il n'y avait ni bien ni mal. On était simplement en équilibre ou non avec le cosmos. Leurs dessins représentent les cycles lunaires, les conjonctions astrales, les phénomènes célestes, les solstices et les équinoxes. Le monde était vu comme un organisme où tout est lié, où il faut apprendre à ne pas briser l'harmonie de la nature, mais au contraire vivre en accord avec elle pour ne pas causer de douleur à la vie.
Les chamans du Kazakhstan, eux, marchaient des jours et des jours jusqu'à trouver un lieu où ils pouvaient se sentir en paix avec ce qui les entourait.
Un lieu où leur espace intérieur résonnait avec l'espace extérieur.
Toute l'aventure de l'humanité part de là, c'est ce qui en fait la grandeur et la beauté.
Et c'est ce lieu sacré, en soi et hors de soi, que cette société est en train de mettre à mal.
Cette respiration paisible et silencieuse.
Qui est aussi le lieu de la grâce.
Einstein disait que Mozart ne faisait que traduire les notes qui venaient de l'espace, qu'il était bien incapable de comprendre cette beauté qui passait par lui, encore moins de l'expliquer.
Lorsqu'on médite dans le silence, il y a des choses qui nous viennent, qui sont de l'ordre de cette musique, de cette grâce.
Depuis que j'ai quitté le Berry, j'ai toujours pratiqué ces respirations silencieuses.
Je m'allonge comme un tas de chair morte sur l'étal d'un boucher, et j'essaie de faire le vide en respirant tranquillement.
J'attends le silence, ce silence qui apporte une certaine paix, et qui me transporte ailleurs, à la fois profondément en moi et bien au-de-delà de moi.
Là, les blocages disparaissent, ces douleurs que l'on fait vivre au quotidien s"évacuent. Là le temps s'installe dans le corps, il n'y a plus que le présent et lui seul, et on peut trouver une sérénité qui se rapproche de la grâce.
Une distinction et une élévation.
Là où vivent les notes de Mozart.
Loin de Facebook.

DEPARDIEU MONSTRE "Plus libre encore..."


dimanche 22 mars 2020

Il s'occupait surtout à ne rien faire


En réalité, ce n'était pas à lire ou à écouter la radio que Knight consacrait le plus clair de son temps libre. Il s'occupait surtout à ne rien faire. Il restait assis sur son seau ou dans sa chaise de jardin, en contemplation silencieuse. Il n'y avait ni chant, ni mantra, ni position du lotus. "Rêverie éveillée, ainsi qu'il la qualifiait. Méditation. Penser à des choses et d'autres. Penser à tout ce qui me passait par la tête."
Jamais il ne s'ennuyait. Il n'était pas sûr, disait-il, d'avoir même jamais compris la notion d'ennui. Elle s'appliquait uniquement aux gens qui avait le sentiment de devoir s'occuper en permanence, autrement dit la majorité d'entre eux, d'après ce qu'il observait.
Les ermites de la Chine antique avaient compris que wu wei, "ne rien faire", constituait une part essentielle de l'existence, et il estime que le monde ne ménage plus suffisamment de place à ce "rien", tant s'en faut.

Le dernier ermite - Michael Finkel

vendredi 20 mars 2020

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?


Création d'une nouvelle recette absolument divine !
Faire revenir 2 échalotes (ou oignon) et une gousse d'ail dans de l'huile, puis y ajouter des feuilles même un peu fanées du pourtour d'une salade ainsi que les côtes de salade que l'on jette généralement. Laisser cuire environ 3 minutes. Sel poivre. En accompagnement d'une simple semoule, c'est parfait.

Et voici une histoire controversée :
La petite histoire du cassoulet 
L’origine du cassoulet remonte à la période médiévale. La légende place la naissance du cassoulet lors de la Guerre de Cent ans (1337-1453)Durant le siège de Castelnaudary par les anglais, les habitants, menacés de famine, mirent en commun tout ce qu’ils avaient pour nourrir les soldats de la ville. Lard, porcs, fèves, saucisses, viandes furent mis à mijoter dans une grande jatte. Revigorés par ce repas, les soldats chauriens (c’est-à-dire de Castelnaudary) boutèrent les anglais hors du Lauragais et jusqu’au bord de la Manche ! La recette du cassoulet était née.
Ce “plat du pauvre”, était un repas complet, qui permettait d’accommoder les restes. Ce ragoût fut mis à cuire à la fin du XIVème siècle dans un plat à la forme particulière, la cassole, qui fut créée par un Italien vers 1377 à Issel, village proche de Castelnaudary.
(Gourmandise sans frontière)

mercredi 18 mars 2020

Racine


Je découvre mon côté pragmatique !

En ces temps de confinement, je souffre d'un panaris à l'auriculaire gauche pour être précise, traité pour commencer avec les moyens du "bord", c'est à dire de l'eau de javel ! :-)
Monsieur s'est ensuite déplacé à la  pharmacie du village pour le traitement adéquat ; c'est à dire plus normal ;-)   "Normal" ne voulant plus rien dire actuellement !...
Au village, l'épicerie avait été dévalisée, restaient du fromage et... du persil frisé que l'épicier donnait gratuitement gentiment :-).
J'ai effectué un trempage du persil dans de l'eau avec quelques gouttes de javel pendant 10 minutes, rinçage puis emballage dans un film plastique alimentaire pour une congélation.
Mais que faire des pieds de persil restant ? Je ne gaspille plus ! ;-)
J'ai gouté pour découvrir que finalement c'est bon, c'est frais et riche en vitamines surtout C... J'ai mis  ces branches à tremper dans de l'eau pour les conserver. Excellentes ce jour, crues,  en apéritif pour accompagner un tinto de verano ou autre. :-)


PS1 : le poivron en lévitation est extrêmement bien placé également pour sa teneur en vitamine C ! ;-)

PS2 : pour 100 g, l'orange contient environ  60 mg de vitamine C et le persil 177 mg.

lundi 16 mars 2020

Recette du lundi : potage aux fanes de radis


Ingrédients : 1 pomme de terre, 1 oignon, 1 noisette de beurre, fanes de radis.

(si pas de beurre,  un peu d'huile fera l'affaire et dans le pire des cas remplacer par rien !)

(si pas de pomme de terre, remplacer par de la semoule ou n'importe quel féculent : pâtes, riz etc...)


dimanche 10 février 2019

Je m'ennuie à mourir


Novembre arrive. Pas trop gris. Quatre mois que je fais des copier-coller à longueur de journée. Je ne suis sortie de mon bureau que pour aller dans des réunions où j'ai très vite compris qu'il ne fallait surtout pas ouvrir la bouche. Je me demande comment j'ai pu être aussi stupide... On m'a vendu un avenir rose. Et j'ai voulu y croire. Comme ils doivent tous rire maintenant... Je suis dans ce grand bureau où il n'y a rien à faire. Les copier-coller, c'est pour m'occuper. Du coup, je passe la journée entre eux et la navigation à vue sur Internet. Tout ça pour un salaire indécent. Je m'ennuie à mourir. Tous les midis, mes collègues et moi allons manger dans une brasserie sympathique qui rend la monnaie sur les tickets-restaurants. Ma chef se sert deux whisky et revient en titubant... Les ordres qui nous parviennent sont toujours impérieux. Mais ils sont vides : ils ne débouchent jamais sur un travail. Il faut faire des rapports, mais surtout sans chiffres, interdire un poste pour qu'on l'accorde ensuite, et surtout, surtout, se faire oublier. La semaine dernière nous nous sommes enfermés à cinq dans un bureau pour écrire cette simple phrase : Monsieur, veuillez trouver ci-joint le rapport 666. Dans l'attente de vos observations, veuillez recevoir l'assurance... etc."
Nous avons mis trois jours à élaborer ce chef-d'oeuvre. C'était le premier vrai travail depuis un mois. La lettre finie, je suis rentrée et j'ai pleuré longtemps.
J'ai pleuré après avoir mangé. J'ai à peine ouvert la porte de l'appartement que j'ouvre celle du frigo et me sers. Quand je rentre, je goûte. Ça me rassure. C'est une habitude enfantine qui me plaît. Les larmes viennent ensuite.

Je suis écœurée. A longueur de journée. J'ai pris cinq kilos. Toute la journée est ponctuée de pauses. Les pauses Valentine. Oui, je pense souvent à Valentine à force de cafés, avec petits gâteaux, de repas de midi arrosés avec modération, d'après-midi sur eBay interrompus par le thé à 16 heures. Cela fait six mois que nous n'avons plus ni vrai travail ni vrai grand chef. Le directeur a réussi à rejoindre la cohorte des conseillers du Premier ministre. Il est parti un soir avec ordinateur et voiture de fonction. Aucun d'eux n'est jamais revenu. Notre navire prend l'eau. Sophie, une des RH de l'étage, vient de demander une année sabbatique. Elle veut monter sa boîte. Nous, nous faisons de l'Internet, assis sur nos chaises.

Alors, à longueur de journée, je rêve et je m’écœure. De tant gagner à si peu faire. J'ai honte. Honte aussi parce qu'il faut toujours faire semblant. Officiellement la direction est débordée. Notre chef nous a intimé l'ordre de faire des heures supplémentaires. Du présentéisme. De la réunionite. Donner des chiffres sur tout et sur rien. Je suis chargée d'écrire un rapport sur la coopération régionale, mais n'ai le droit de chercher des données nulle part. J'ai donc ouvert un joli document Word. J'ai écrit en Arial 14 "Coopération régionale". Puis sur une autre page, j'ai écrit "table des matières" et sur une autre encore "introduction". J'ai fait une recherche Internet sur les mots "Coopération" et "régional", et j'ai mis les différents liens dans mes favoris. Comme ça je suis bien couverte. Dès qu'on rentre dans mon bureau, j'ouvre ou le document ou les liens : je travaille, et suis en pleine recherche. C'est indispensable pour écrire une introduction pertinente au rapport... Depuis quatre mois.

Comme il n'y a rien à faire, après s'être baladé sur la Toile jusqu'à n'avoir même plus l'énergie nécessaire pour cliquer sur son mulot, chacun observe les autres. Ça occupe. Et moi, je fais comme tous le monde. Je suis la plus jeune du service et même de la direction. Je suis la plus mince aussi. Je me fais courtiser, un peu. Cela ne va jamais très loin. Je ne suis une aide pour aucune carrière. Je vais bientôt me marier. Dans huit mois. Toutes les autres femmes approchent ou ont dépassé la quarantaine. Deux enfants grand maximum. La moyenne est à un mari et demi. Toutes les jolies ont ou ont eu des aventures avec un grand chef. J'ai découvert, incrédule, la promotion canapé. Pour moi, c'était le sujet d'un vieux film, ou cela relevait de la légende urbaine. Jamais on ne m'a dit un mot sur ça dans la grande école, pendant mes études. Ça, ça vous éjecte d'un rêve, comme un grand coup de pied dans le postérieur. J'ai pu m'apercevoir aussi de tout l'inconvénient de ne pas avoir les yeux bleus et une poitrine à la Dolly Parton. J'ai vint-six ans. Je ne me suis jamais souciée de rentrer dans un syndicat. Et puis un "bac plus-plus", ça n’intéresse pas les syndicats. Encore une erreur. J'ai oublié d'applaudir la dernière fois que le Grand Chef number one a dit une énormité. Erreur. Il y a un mois, j'ai annoncé que j'allais me marier. J'ai donné la date pour simplifier les congés des uns et des autres. Ma chef m'a immédiatement convoquée dans son bureau pour me signifier que je n'aurais pas de promotion avant trois ans et que je n'avais pas intérêt à faire un enfant. Parce qu'alors elle me le ferait regretter. Ils avaient besoin de moi. J'ai dû ouvrir des yeux ronds. N'ai rien rétorqué. Je venais de comprendre cette réalité, qu'en tant que femme je ne pouvais pas demander des avancements aussi rapides que mes collègues hommes : je suis mariée bientôt. Ils comprennent très bien. J'aurai beaucoup moins la tête au travail. Et puis on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre... Depuis cette entrevue, je ne peux plus voir le beurre en peinture.

Elles sont toutes rondes aussi. Les pré et post-ménopausées. Une couverture de gras qui vient protéger leurs hanches et leurs fessiers délicats des chaises sur lesquelles elles sont toute la journée. De même, enfants ou pas, elles ont toutes gardé un petit ventre. C'est mignon, c'est joli, ça tremblote un peu quand elles rigolent à la pause-café. Je les regarde vivre, tenter de donner le change, de jouer les importantes dans les couloirs. Je les écoute raconter leurs vacances, leurs week-ends, leurs soirées théâtre ou télé. Et je me sens à l'étroit. J'étouffe à regarder ces vies couleur muraille, fades. Elles ne lisent pas, ne font rien qui n'est pas étiqueté "hype" dans les magazines. Elles dévorent, même au régime. Elles ne pensent rien d’obscène ou d'outrageant. Elles sont roses et vides.

J'ai envie de vomir à les côtoyer. Je ne vais plus à la cantine depuis une semaine. Je suis un cadre qui badge. Alors je détourne le système. Il y a un débadgeage obligatoire au moins cinq minutes à midi. Le mien n'est que de cinq minutes : cumuler le plus d'heures possible pour être irréprochable, avoir un maximum de RTT et fuir le soir bien vite hors de cette boîte à folie. Dedans je n'accepte plus un plat, plus un gâteau. Manger c'est partager le pain avec l'ennemi. C'est baisser la garde et se résoudre à être comme eux. Je suis tendue comme la corde d'un arc. Mon corps avant même ma pensée s'y refuse. Jamais. C'est le ventre vide que je prends le métro pour rejoindre mon antre, de la fenêtre duquel je vois la coupole du Panthéon... Aux grands hommes... Mais, moi, de la grandeur de mes rêves, je suis tellement loin.

Le ventre vide, le froid autour. Les filles du calvaire. (EYROLLES)
Photo Chamonix

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