dimanche 30 août 2026

Justice, décapitation et bête à bon Dieu

Une coccinelle qui a beaucoup insisté pour être photographiée hier en bord de plage ; elle ne me quittait plus ! :-)
Le miracle de la coccinelle
En ce temps de l'an mille, vivait à Paris un jeune forgeron qui avait pour nom Garin. Celui-ci était un homme de bonne famille, doux et sans malice. Mais par grande mésaventure, un riche marchand fut tué dans la cité. Et  notre brave Garin fut accusé du meurtre... Les juges ne voulurent pas entendre ses cris d'innocence et le condamnèrent à être décapité devant le peuple.
Quand le jour fixé vint, Garin fut mené sur l'échafaud. Il s'agenouilla et posa son cou sur le bloc de bois. Le bourreau leva sa grande hache de fer pour trancher la tête du malheureux. La foule retint son souffle...
À cet instant précis, une petite bête, toute vermeille avec des taches noires, vint volant par l'air froid. C'était une coccinelle. Elle se posa doucement sur le cou du condamné, à l'endroit exact où la lame devait frapper.
Le bourreau fut stupéfait. De sa main, il chassa la bête. Il leva de nouveau sa hache. Mais à peine le fer brillait-il dans le ciel que la petite bête revenait se poser au même endroit. Trois fois le bourreau la chassa, et trois fois elle revint sur le cou de Garin pour le protéger.
Le roi Robert le Pieux, qui de son palais regardait la chose, en eut grande merveille. Il reconnut que c'était un signe de Dieu et s'écria :
« Arrêtez ! Ce petit insecte est l'envoyé du Créateur. C'est la bête au bon Dieu ! Elle défend cet homme. Le Ciel nous montre son innocence ! »
Garin fut aussitôt délié et délivré sur ordre du roi. Et le peuple en eut une grande joie. Un peu plus tard le vrai coupable fut retrouvé.

La justice sous l'An Mil
(je vous conseille de regarder la définition de l'ORDALIE....)

mardi 25 août 2026

La dame fantasque


Depuis quelques jours j'observe de loin en fin de journée cette dame promenant son yorkshire en laisse. Fait étonnant, deux gros chats à poils longs la suivent librement.
Etrange trio d'animaux.

Il semblerait qu'une tiare soit posée sur sa tête.
Depuis la fin de la canicule elle arbore un long kimono à manches longues. Sa démarche est très particulière, il semble qu'elle glisse sur le sol grâce à de longs pas lents. C'est un spectacle très étrange dans ce parc public !

vendredi 21 août 2026

Chacun y trouve son conte

 Chameau en laiton (Béziers)

Il y a bien longtemps, dans un pays lointain baigné par le soleil égyptien, naquit un homme bon et sage nommé Aphrodise.
Aphrodise n'était pas un homme ordinaire. Il était le grand prêtre du culte d'Amon dans la cité sacrée d'Héliopolis.
Sa vie bascula le jour où il ouvrit sa porte à une famille de voyageurs épuisés. C'étaient Joseph, Marie et l'enfant Jésus, qui fuyaient à travers le désert pour échapper au terrible massacre de tous les petits garçons innoçents de moins de deux ans. Un massacre ordonné par le roi Hérode de Judée. Il est important que je te dise que le roi Hérode était sous la protection des romains. Des mages lui avaient annoncé qu'un nouveau-né allait prendre sa place.
Bouleversé par la pureté de ce petit enfant et par l'histoire de ses parents, Aphrodise sentit son cœur changer. Il abandonna les dieux de son enfance et son pays de sable pour suivre la lumière du Christ. Il quitta tout et mit le cap sur la ville de Béziers pour y apporter son message de paix.
Heureusement il ne voyageait pas seul. Depuis l'Égypte, un grand chameau marchait fidèlement à ses côtés. Ce compagnon des sables, aussi étranger que son maître sur ces terres du Languedoc, faisait sensation. De mémoire d'homme, aucun habitant de la région n'avait jamais vu une bête aussi étrange et majestueuse !
Arrivé aux abords de la cité romaine de Baeterra — le nom ancien de Béziers —, Aphrodise choisit pour maison une humble grotte cachée au nord de la ville. Il n'en sortait que pour prêcher et parler au cœur des habitants. Très vite, sa gentillesse et ses paroles firent des merveilles, et beaucoup de gens l'adoptèrent. Mais ce succès finit par agacer grandement les autorités romaines. Il fut arrêté puis condamné à mort. On l'emmena au milieu de la foule sur une place pour y être décapité. 
Sa tête tranchée fut jetée par les soldats au fond d'un puits voisin. Mais au lieu de disparaître, l'eau se mit soudain à bouillonner et remonta à toute vitesse, rapportant la tête à la surface ! Le corps d'Aphrodise, toujours debout, s'avança et reprit délicatement sa tête entre ses mains. Sous le regard stupéfait et terrifié de ses bourreaux, l'homme sans tête se mit à marcher calmement à travers les rues.
En voyant ce prodige, les Biterrois (habitants de Béziers) paniquèrent. Croyant voir un démon, ils jetèrent à ses pieds des milliers de coquilles d'escargots pointues pour le blesser et arrêter sa course. Mais le miracle continua : le saint marcha sur ce tapis coupant comme s'il glissait sur des plumes, sans se faire aucun mal et sans écraser une seule coquille.
Le saint arriva ainsi jusqu'à sa grotte initiale. C'est là, dans ce lieu paisible, qu'il s'allongea et s'ensevelit lui-même pour s'endormir dans un sommeil éternel.
Bien des siècles plus tard, une basilique fut construite juste au-dessus de son tombeau pour honorer sa mémoire. Et la magie de ce lieu est bien réelle ! Sous le sol de l'église, caché dans la terre, se trouvait un très ancien cimetière datant de l'époque des Romains. Des siècles après la mort d'Aphrodise, des archéologues ont creusé et ont découvert de véritables tombes de pierre et de vieilles poteries romaines enfouies sous les piliers. Cette basilique avait vraiment été bâtie sur une mystérieuse cité antique.
Mais vous vous demandez, qu'est-il arrivé au fidèle chameau d'Aphrodise ?
Après la mort de son maître, l'animal se retrouva tout seul à errer dans la ville. Au début, les chefs de la ville refusèrent de payer pour s'occuper d'un si gros animal. Heureusement, une gentille famille de potiers de Béziers décida de l'adopter pour le sauver. Ils prirent grand soin de lui, partageant leur blé et leur nourriture. Plus tard, quand tout le monde comprit qu'Aphrodise était un saint, la ville décida de financer entièrement la vie du chameau pour honorer la mémoire de son maître. L'animal vécut ainsi de longues années, choyé comme un roi.
Lorsque le chameau mourut à son tour, les potiers avaient encore de l'argent et du blé qui avaient été donnés pour lui. Pour ne pas gaspiller ces trésors, ils fabriquèrent de grands pains qu'ils distribuèrent gratuitement aux personnes pauvres de la ville.
Avec le temps, ce pain des pauvres s'est transformé en une délicieuse brioche parfumée à la fleur d'oranger et saupoudrée de sucre : la coque de Saint-Aphrodise. Aujourd'hui encore, les boulangers les préparent souvent par groupe de douze pour rappeler les douze apôtres.
Quant au chameau lui-même, les Biterrois refusèrent de l'oublier. Ils fabriquèrent une immense machine en bois recouverte d'une toile peinte qui lui ressemblait. Depuis ce jour, ce chameau en bois est devenu le grand symbole de Béziers. Chaque année, lors des grandes fêtes, les habitants font danser ce chameau géant dans les rues, tout en dégustant de savoureuses coques en souvenir de cette belle aventure.
coques de Saint-Aphrodise (photo du net)

Et petite précision humoristique de l'univers : le laiton ne rouille pas !
Oui, je sais, il ne contient pas de fer :-)


Justice, décapitation et bête à bon Dieu

Une coccinelle qui a beaucoup insisté pour être photographiée hier en bord de plage ; elle ne me quittait plus ! :-) Le miracle de la coccin...