lundi 27 avril 2026

Le féetaud de l'électricité


Le féetaud (masculin de fée), un être de labeur souvent associé à des travaux manuels.  Les féetauds sont des êtres nocturnes et discrets qui vivent dans des lieux sauvages (bois, haies, arbres creux, grottes). George Sand a écrit sur ces créatures issues du folklore berrichon. 

Ce jour là, nous avions eu une coupure d'électricité de 14 h à 23 h. Les équipes d'Enedis avaient travaillé toute la journée et même de nuit. Un poteau électrique semblait être tombé dans un pré en contre-bas. Peut-être une manœuvre hasardeuse du paysan avec son tracteur ? Parce que le tracteur était à côté du poteau. Chez moi, lorsqu'il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus d'eau, plus de chauffage et l'impossibilité de faire cuire des aliments !... Et c'est là que nous pouvons constater notre dépendance à beaucoup de choses dont les écrans. Lire à la lumière de bougies est pratiquement impossible. Se préparer une tisane également ! ;-) A l'époque les gens devaient passer leurs soirées à raconter des histoires et se couchaient à l'heure des poules j'imagine. Qu'est ce qu'on se "marrait" !!!

« On disait que, la nuit venue, les féetauds sortaient des broussailles et des vieux arbres creux, et qu’ils venaient danser en rond dans les clairières, à la lueur pâle de la lune. »

Légendes rustiques - George Sand 

lundi 20 avril 2026

Ne nous soumets pas à la tentation

 Un rêve cette nuit...

Sous l'empire de la drogue, sous l'an pire de la drogue, sous l'emprise de la drogue... (Oui, j'écris cela car je lis souvent dans une presse respectable l'expression "sous l'empire de l'alcool" !) 

Je me retrouve dans une pièce et dans le corps d'une femme, la petite cinquantaine. Mon "pote", acolyte, amant épisodique ? est à ma gauche.


Devant nous, sur un vieux buffet, deux bols nous attendent. Nous savons qu'ils contiennent de la drogue et justement nous sommes dans ce lieu pour passer un samedi soir à nous défoncer.


Nous nous approchons des bols sans anse et vérifions qu'ils contiennent bien la drogue que nous envisageons de consommer pour cette soirée défonce. Effectivement je vois dans chaque bol une poudre blanche très fine, et une sorte d'herbe hachée et marron pouvant ressembler à du thé en vrac... 


A ce moment là, grand moment d'introspection... Ai-je vraiment envie de consommer ces produits sachant pertinemment que le lendemain je ne me souviendrais plus de rien, que le jeu n'en vaut sans doute pas la chandelle. Et je comprends qu'au fond de moi je n'ai pas envie de consommer ces produits qui permettent à n'importe quelles énergies ou forces de s'emparer de mon psychisme.

J'ai un peu peur de décevoir mon pote mais cependant je lui dis : "je n'en prendrais pas, je n'en ai pas envie."

Contre toute attente, il me réponds : "moi non plus, je n'en ai pas envie".

Nous décidons de passer la soirée ensemble en buvant de la tisane et il me dit ironiquement et en même temps non ironiquement : "Qu'est-ce qu'on va se marrer !"

Fin du rêve (5 h du matin pour moi) !

Je ne sais pas ce que j'ai avec la tisane en ce moment ! ;-) 

samedi 11 avril 2026

Gaius sous ergot de seigle ! (nouvelle version)

 

(d'après Caledonian Forest de Jakub Rozalski)

Caledonia, dans le vide glacé, au-delà de la Raison.

À l’attention de Flavia, ma chère épouse.

Flavia, ne brûle pas cette lettre avant d’avoir lu le nom de celui qui l’a écrite. Si elle te parvient, c’est que le silence de la Neuvième Légion est enfin devenu officiel à Rome. Sache que nous ne sommes pas tombés avec la gloire des héros, mais dans l'agonie lente des parias, le cerveau bouilli par un poison que nous avons nous-mêmes pillé.

Trente jours ont passé depuis que nous avons mis à sac un village picte abandonné. Dans leur grenier de terre, nous avons trouvé des sacs de seigle. Les grains étaient noirs, cornus, comme des griffes de corbeaux pétrifiées, mais la faim nous avait déjà rendu fous. Nous en avons fait un pain lourd et amer, que nous avons dévoré sous la pluie. C'est là, Flavia, que le monde a commencé à se défaire.

Dès les premières aubes, un froid contre-nature s’empara de nos extrémités. Nous crûmes d'abord aux morsures du climat calédonien, mais bientôt, une brûlure invisible commença à ronger nos chairs de l'intérieur. Au septième jour, l'air devint épais, strié de traînées de soufre, et la forêt cessa d'être silencieuse : elle se mit à murmurer nos noms.

Depuis nos repas maudits, les arbres bougent comme des membres de géants. Je vois les écorces se transformer en visages hurlants qui nous fixent. Ce n'est plus de la boue noire qui tapisse le sol, mais une mer de fourmis invisibles qui grouillent sous nos pieds. Mon genou gauche, brisé sous le bouclier d'un Germain, ne craque plus seulement ; il me siffle des secrets à chaque pas, me disant que la terre est un ventre et que nous sommes déjà en train d'être avalés.

La dysenterie ravage les rangs, mais le mal qui brûle nos membres est pire. Mes hommes hurlent que leurs mains sont en flammes, alors qu'elles sont glacées et noires comme le charbon. Certains ont commencé à s'arracher les doigts, croyant qu'ils étaient devenus des racines de seigle. L'odeur de la maladie se mélange à une vision insoutenable : la brume n'est plus blanche, elle est striée de veines mauves et de traînées de soufre qui dansent entre les troncs.

Autour de nous, les bois respirent pour de bon. J'entends le craquement des branches, mais quand je regarde, je vois des centaures de brume et des spectres aux yeux de phosphore. La discipline de la Neuvième n'est plus qu'un masque de cire qui fond sous un soleil violet que je suis seul à voir. Nos boucliers rouges ne sont plus de bronze et de bois, ils sont devenus des bouches ouvertes qui tentent d'avaler la pluie.

Devant nous, sur cet autel d'ossements qui vibre d'un chant guttural, se dresse l'Abomination. Un dieu-loup immense, dont la fourrure semble tissée d'étoiles mortes. Ses yeux ne sont pas des yeux, ce sont des puits profonds où je vois Rome brûler. Derrière moi, mes légionnaires ne sont plus que des pantins de paille. Leurs mains, rongées par les engelures et les convulsions, agrippent des pilums qui se tordent comme des serpents entre leurs doigts.

Le Mur d'Hadrien n'était qu'une ligne tracée dans le sable d'un rêve. La réalité, c'est ce monstre dont la gueule s'ouvre sur l'infini. Je ne sais plus si je combats des Pictes ou les démons nés de ce pain noir. J'ai dû m'appuyer de tout mon poids sur ma lance, bien que le bois me semble désormais mou comme de la chair humaine.

Je resterai debout, Flavia, même si mes pieds meurent et que mon esprit s'envole vers des jardins de verre. Dis à nos fils que leur père a vu les confins du monde, là où la pierre devient fumée et où l'Empire s'efface dans le délire d'une bête que la raison ne peut nommer.

La brume mauve est sur nous. L'odeur de la charogne, du loup et du seigle brûlé m'étouffe.

Adieu, mon amour.

Gaius.

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L'ergot de seigle : c'est ce qu'on appelle le Feu de Saint-Antoine (ou ergotisme). Ou Bad Trip !

C'est un champignon parasite nommé Claviceps purpurea. Il adore l'humidité (exactement ce qu'on trouve en Calédonie). Il remplace les grains de seigle par des excroissances noires et dures qui ressemblent à des ergots de coq.

Si l'on en fait de la farine, le cauchemar commence...

L'ergot contient des alcaloïdes, notamment de l'ergotamine (c'est à partir de cette substance que le chimiste Albert Hofmann a synthétisé le LSD en 1938. Apparemment il l'a testé sur lui-même mais là c'est une autre histoire !)

À l'époque, l'ergotisme se manifestait sous deux formes charmantes :

  • L'ergotisme gangreneux : les alcaloïdes contractent les vaisseaux sanguins. Le sang ne circule plus dans les doigts et les orteils. Ça brûle (d'où le nom de "feu"), ça devient noir, et ça finit par tomber. 

  • L'ergotisme convulsif : les hallucinations commencent. Les victimes souffrent de spasmes musculaires, de psychoses et de visions délirantes.

De nos jours, on utilise parfois encore des dérivés de l'ergot en médecine. Qui a la migraine ici ?! ;-)

On ne consomme évidemment plus le champignon brut, mais on en extrait ou synthétise des alcaloïdes précis pour des usages très ciblés :  lutte contre les migraines par exemple grâce aux propriétés de vasoconstriction des vaisseaux sanguins de l'alcaloïde.

Même aujourd'hui, si un patient prend trop de dérivés de l'ergot ou s'il y a une interaction avec d'autres médicaments (comme certains antibiotiques etc...), il peut faire un "ergotisme médicamenteux". Et on retrouve les symptômes décrits par Gaius : les doigts deviennent froids et blancs, des douleurs de brûlure apparaissent (le fameux Feu de Saint-Antoine)...


Le féetaud de l'électricité

Le féetaud (masculin de fée),  un être de labeur souvent associé à des travaux manuels.  Les féetauds sont des êtres nocturnes et discrets q...