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samedi 11 avril 2026

Gaius sous ergot de seigle ! (nouvelle version)

 

(d'après Caledonian Forest de Jakub Rozalski)

Caledonia, dans le vide glacé, au-delà de la Raison.

À l’attention de Flavia, ma chère épouse.

Flavia, ne brûle pas cette lettre avant d’avoir lu le nom de celui qui l’a écrite. Si elle te parvient, c’est que le silence de la Neuvième Légion est enfin devenu officiel à Rome. Sache que nous ne sommes pas tombés avec la gloire des héros, mais dans l'agonie lente des parias, le cerveau bouilli par un poison que nous avons nous-mêmes pillé.

Trente jours ont passé depuis que nous avons mis à sac un village picte abandonné. Dans leur grenier de terre, nous avons trouvé des sacs de seigle. Les grains étaient noirs, cornus, comme des griffes de corbeaux pétrifiées, mais la faim nous avait déjà rendu fous. Nous en avons fait un pain lourd et amer, que nous avons dévoré sous la pluie. C'est là, Flavia, que le monde a commencé à se défaire.

Dès les premières aubes, un froid contre-nature s’empara de nos extrémités. Nous crûmes d'abord aux morsures du climat calédonien, mais bientôt, une brûlure invisible commença à ronger nos chairs de l'intérieur. Au septième jour, l'air devint épais, strié de traînées de soufre, et la forêt cessa d'être silencieuse : elle se mit à murmurer nos noms.

Depuis nos repas maudits, les arbres bougent comme des membres de géants. Je vois les écorces se transformer en visages hurlants qui nous fixent. Ce n'est plus de la boue noire qui tapisse le sol, mais une mer de fourmis invisibles qui grouillent sous nos pieds. Mon genou gauche, brisé sous le bouclier d'un Germain, ne craque plus seulement ; il me siffle des secrets à chaque pas, me disant que la terre est un ventre et que nous sommes déjà en train d'être avalés.

La dysenterie ravage les rangs, mais le mal qui brûle nos membres est pire. Mes hommes hurlent que leurs mains sont en flammes, alors qu'elles sont glacées et noires comme le charbon. Certains ont commencé à s'arracher les doigts, croyant qu'ils étaient devenus des racines de seigle. L'odeur de la maladie se mélange à une vision insoutenable : la brume n'est plus blanche, elle est striée de veines mauves et de traînées de soufre qui dansent entre les troncs.

Autour de nous, les bois respirent pour de bon. J'entends le craquement des branches, mais quand je regarde, je vois des centaures de brume et des spectres aux yeux de phosphore. La discipline de la Neuvième n'est plus qu'un masque de cire qui fond sous un soleil violet que je suis seul à voir. Nos boucliers rouges ne sont plus de bronze et de bois, ils sont devenus des bouches ouvertes qui tentent d'avaler la pluie.

Devant nous, sur cet autel d'ossements qui vibre d'un chant guttural, se dresse l'Abomination. Un dieu-loup immense, dont la fourrure semble tissée d'étoiles mortes. Ses yeux ne sont pas des yeux, ce sont des puits profonds où je vois Rome brûler. Derrière moi, mes légionnaires ne sont plus que des pantins de paille. Leurs mains, rongées par les engelures et les convulsions, agrippent des pilums qui se tordent comme des serpents entre leurs doigts.

Le Mur d'Hadrien n'était qu'une ligne tracée dans le sable d'un rêve. La réalité, c'est ce monstre dont la gueule s'ouvre sur l'infini. Je ne sais plus si je combats des Pictes ou les démons nés de ce pain noir. J'ai dû m'appuyer de tout mon poids sur ma lance, bien que le bois me semble désormais mou comme de la chair humaine.

Je resterai debout, Flavia, même si mes pieds meurent et que mon esprit s'envole vers des jardins de verre. Dis à nos fils que leur père a vu les confins du monde, là où la pierre devient fumée et où l'Empire s'efface dans le délire d'une bête que la raison ne peut nommer.

La brume mauve est sur nous. L'odeur de la charogne, du loup et du seigle brûlé m'étouffe.

Adieu, mon amour.

Gaius.

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L'ergot de seigle : c'est ce qu'on appelle le Feu de Saint-Antoine (ou ergotisme). Ou Bad Trip !

C'est un champignon parasite nommé Claviceps purpurea. Il adore l'humidité (exactement ce qu'on trouve en Calédonie). Il remplace les grains de seigle par des excroissances noires et dures qui ressemblent à des ergots de coq.

Si l'on en fait de la farine, le cauchemar commence...

L'ergot contient des alcaloïdes, notamment de l'ergotamine (c'est à partir de cette substance que le chimiste Albert Hofmann a synthétisé le LSD en 1938. Apparemment il l'a testé sur lui-même mais là c'est une autre histoire !)

À l'époque, l'ergotisme se manifestait sous deux formes charmantes :

  • L'ergotisme gangreneux : les alcaloïdes contractent les vaisseaux sanguins. Le sang ne circule plus dans les doigts et les orteils. Ça brûle (d'où le nom de "feu"), ça devient noir, et ça finit par tomber. 

  • L'ergotisme convulsif : les hallucinations commencent. Les victimes souffrent de spasmes musculaires, de psychoses et de visions délirantes.

De nos jours, on utilise parfois encore des dérivés de l'ergot en médecine. Qui a la migraine ici ?! ;-)

On ne consomme évidemment plus le champignon brut, mais on en extrait ou synthétise des alcaloïdes précis pour des usages très ciblés :  lutte contre les migraines par exemple grâce aux propriétés de vasoconstriction des vaisseaux sanguins de l'alcaloïde.

Même aujourd'hui, si un patient prend trop de dérivés de l'ergot ou s'il y a une interaction avec d'autres médicaments (comme certains antibiotiques etc...), il peut faire un "ergotisme médicamenteux". Et on retrouve les symptômes décrits par Gaius : les doigts deviennent froids et blancs, des douleurs de brûlure apparaissent (le fameux Feu de Saint-Antoine)...


dimanche 17 octobre 2021

L' argile, une action anti-inflammatoire et cicatrisante

Je vais vous raconter mon dernier rêve...  Je situe l'action en Egypte à l'époque des pharaons. 

J'accompagnais un homme, sans doute un médecin ou un infirmier de cette époque. Il soignait des malades  rassemblés dans un même lieu, un peu comme dans une grande salle ou peut-être même à l'extérieur (un hôpital de l'époque sans doute). Il n'y avait pas de cloisons. Chaque malade était allongé ou assis sur son propre "matelas" (paillasse). Cet homme me montrait l'application, à même la peau, de terre, sur les zones douloureuses des corps des malades. A ce moment là je lui ai dit : "ça je peux le faire". Et il m'a laissé faire (je ne sais pas si j'étais un homme ou une femme dans le rêve). Puis, un malade, d'une trentaine d'années (jeune mais âgé pour l'époque !) m'a montré la partie arrière du haut de son crâne (os pariétal) et j'ai appliqué la terre sur cette zone à l'aide de mes doigts. Il semblait avoir le crâne rasé. Fin du rêve !

Au réveil, j'ai fait quelques recherches...


Sativum (St-Etienne) - Boryan-Delyan Delchev (chanvre)

Le professeur Rautureau, éminent physicien, minéralogiste des argiles aurait dit : « si l'on n'a pas compris que les argiles sont avant tout des matériaux qui s'adaptent en fonction de leur environnement... on n'a rien compris ».

"Les animaux se soignent avec des silicates d'alumine : blessés, ils se mettent à la recherche de boues et baignent la partie atteinte. La technique semble efficace, puisqu'un lieutenant de louveterie me confiait récemment que l'on pouvait constater parfois sur eux des cicatrisations tout à fait étonnantes, sur des amputations accidentelles par exemple. Les animaux ne se contentent pas d'un usage externe, mais ingèrent également des argiles : même en bonne santé apparente, qu’ils soient sauvages ou domestiques, ils mangent spontanément des argiles. Les hommes aussi"

"Les silicates d’alumine font partie de notre futur : ils sont plus que jamais sous les feux de l'actualité de la recherche, en tant que nanoparticules. Ils sont disponibles, financièrement et géographiquement, pour les populations pauvres et/ou isolées et aussi pour les pays émergents, qui ont le souci d’autogérer leurs besoins de santé. Ils sont « culturellement compatibles » avec ces peuples, qui portent, dans leur histoire ancienne et/ou récente, les mémoires d’un compagnonnage heureux avec ce minéral. "

LES SILICATES D’ALUMINE (ARGILES) EN THERAPEUTIQUE thèse de Jade Allègre (Doctorat en médecine)

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Les Égyptiens avaient surtout recours à la voie orale, sous forme de potions, infusions, décoctions, macé­rations, mais aussi de pilules, pastilles, boulettes, etc. Par voie cutanée ils appliquaient cataplasmes, onguents, pommades, emplâtres.

 https://www.larevuedupraticien.fr/article/lordonnance-du-medecin-dans-legypte-ancienne


vendredi 30 avril 2021

La vaccination

(cliché Dieppe juillet 2020)
 

DETROIT INDUSTRY, VACCINATION (NORTH WALL SUPPORTING PANEL), 1932-1933 DIEGO RIVERA


dimanche 21 mars 2021

Les taupes sont de sortie




Le dieu de la médecine ASCLEPIOS (ESCULAPE) reconnaissable à son bâton serait-il un dieu taupe ? 

Asclépios

Tholos de la Lauve (tholos : édifice en voûte de plan circulaire à destination religieuse ou funéraire)

Le dieu Asclépios, médecin divin, auscultait ses patients pendant leur sommeil et les guérissait  grâce à des remèdes ou opérations chirurgicales. Rituel d'incubation et révélations oniriques...


Ex-Voto consacré à Asclépios pour la guérison d'une jambe (100-200 ap J.C.)

Veux tu croire aux miracles ?

mardi 19 janvier 2021

L'arbre des dermatoses

La Société Française d'Histoire de la Dermatologie a choisi comme logo l'Arbre des Dermatoses, d'Alibert.

Le baron Jean-Louis Alibert (1768 - 1837), premier médecin à se spécialiser dans l'étude des maladies de la peau dans un cadre hospitalier, a fondé l'Ecole française de Dermatologie à l'hôpital Saint-Louis à Paris, où il fut nommé en 1801.
Sa conception des maladies de la peau, beaucoup trop ambitieuse pour l'époque, comportait une classification complexe, où il a toujours été impossible de se repérer.
La dénomination des maladies et leur classement étaient inspirés des travaux des botanistes, et l'image de l'Arbre est symbolique à plusieurs égards.
Le tronc représente la peau, et les douze branches symbolisent chacune une des douze classes de dermatoses selon Alibert. Les branches se divisent en espèces, groupes, genres, ...à la manière des classements des plantes.

Si cette conception de la dermatologie n'a guère eu de succès, l'image de l'Arbre, présentée de façon théâtrale par Alibert à l'hôpital Saint-Louis à la fin de sa carrière, frappa tous les esprits et est restée comme un symbole, utilisé de diverses façons, de l'ensemble de la dermatologie.

https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhd/a-propos/



La leçon d'Alibert à l'hôpital Saint-Louis devant l'entrée du pavillon Gabrielle Tableau de René Berthon, 1811.

Trois fois par semaine Alibert donnait des leçons dans l'amphithéâtre au rez-de-chaussée du pavillon Gabrielle. L'étroitesse du lieu incitait Alibert à enseigner en plein air sous les tilleuls devant l'entrée du pavillon. Des planches colorées représentant les maladies de la peau étaient accrochées aux branches des tilleuls. Poumiès de la Siboutie, externe des hôpitaux de Paris en 1811, rappelait qu’Alibert "faisait ses leçons pendant la belle saison sous de grands arbres. Il y attirait tous les hommes de science qui venaient visiter Paris (…) Sa parole était douce, facile et d’une élégance parfaite. Il ne parlait qu’avec amour et fanatisme des affections qu’il étudiait (…) Après la leçon avait lieu la consultation : quarante à cinquante individus des deux sexes venaient étaler leurs infirmités. Plus d’une fois j’ai vu Alibert s’extasier sur ce qu’il appelait la beauté de telle ou telle maladie de la peau. Un jour se présenta un pauvre diable affecté d’éléphantiasis (..) "C’est superbe !" s’écria Alibert.
- Monsieur le docteur, ça peut-il se guérir ?
- Je vous ferai peindre.
- Mais, Monsieur, puis-je espérer d’en guérir ?
- Certainement, certainement, mais je vous ferai peindre.
- Pourrai-je avoir un lit dans votre service ?
- Il vous en faudrait dix que vous les auriez".
Tous les dimanches, il y avait des matinées qui étaient très recherchées. On y voyait des hommes de lettres, des artistes de mérites, quelques femmes renommées par leur esprit, leur amabilité. On y traitait les questions d’art ou de littérature qui étaient à l’ordre du jour "
Poumies de la Siboutie, Souvenirs d’un médecin de Paris, Paris, Plon, 1910, pp. 103-105.
Musée Urbain-Cabrol, Villefranche-de-Rouergue

https://www.biusante.parisdescartes.fr/stlouis/fr/01-07.htm


https://www.ruevisconti.com/Histoire/EnfantsduMarais/PoumiesdelaSiboutie.html
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 Mais également : c'est Natacha Karma qui le dit ! :-)
"Quand tu prends une bouteille pour l’étiquette (l’arbre hein 😜) et qu’il est excellent !!!!
J’ai envie de dire MERCI" 🙏🏻💜🙏🏻



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