D'après une célèbre estampe, souvent attribuée à l'entourage de Jean de Gourmont (vers 1590) :
(merci à Gemini pour cette nouvelle version en français qu'il a créé à ma demande !)
Explications :
Le bonnet du fou est orné de grelots. On y lit souvent des phrases tirées de l'Ecclésiaste ou d'Horace, rappelant que « le nombre des fous est infini ».
Le visage-monde : la carte du monde remplace le visage. Le monde a donc une tête de fou.
La marotte : le fou tient un bâton surmonté d'une petite tête (une marotte), qui est elle-même un monde en miniature : bref, la folie contient la folie.
C'est là que l'estampe devient une véritable "BD philosophique" (d'après GEMINI) ! Les quatre coins de la gravure originale ne sont pas là par hasard : ils servent de cadre moral au visage-monde.
Décryptage des inscriptions latines que l'on trouve généralement :
1. En haut à gauche : Le constat d'Érasme
On y lit souvent : « Democritus Abderites deridebat » (Démocrite d'Abdère riait).
Démocrite était le "philosophe qui rit". Il considérait que toutes les actions humaines étaient si vaines et ridicules qu'il ne pouvait s'empêcher d'en rire. C'est l'esprit même de cette carte.
2. En haut à droite : Le constat d'Héraclite
En écho, on trouve parfois : « Heraclitus Ephesius flebat » (Héraclite d'Éphèse pleurait).
À l'inverse de Démocrite, Héraclite pleurait sur le sort de l'humanité. L'estampe nous dit : "Que vous en riiez ou que vous en pleuriez, le monde reste fou."
3. En bas à gauche : La sentence d'Horace
On y trouve souvent une citation du poète latin Horace : « Sapere aude » (Ose savoir / Aie le courage de te servir de ton propre entendement).
C'est un appel à la sagesse placé juste à côté d'une tête de fou. Pour être sage, il faudrait d'abord reconnaître sa propre folie.
4. En bas à droite : La vanité des découvertes
Sous le menton du fou, près de la "Terre Australe" (le continent imaginaire qui occupe le bas de la carte), on lit : « Qui caput habet helleboro dignum... » (Celui qui a une tête digne d'hellébore...).
Cela signifie que celui qui cherche à posséder ou à comprendre tout ce monde sans sagesse est le plus grand des fous.
Au XVIe siècle, on ne regardait pas une image juste pour sa beauté. On la "lisait" comme une bande dessinée. Le spectateur de l'époque passait de longues minutes à déchiffrer ces petits textes en latin pour comprendre le "jeu de piste" de l'artiste.
Je vous offre une petite tisane d'hellébore bien toxique ? ! ;-)



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