lundi 20 avril 2026

Ne nous soumets pas à la tentation

 Un rêve cette nuit...

Sous l'empire de la drogue, sous l'an pire de la drogue, sous l'emprise de la drogue... (Oui, j'écris cela car je lis souvent dans une presse respectable l'expression "sous l'empire de l'alcool" !) 

Je me retrouve dans une pièce et dans le corps d'une femme, la petite cinquantaine. Mon "pote", acolyte, amant épisodique ? est à ma gauche.


Devant nous, sur un vieux buffet, deux bols nous attendent. Nous savons qu'ils contiennent de la drogue et justement nous sommes dans ce lieu pour passer un samedi soir à nous défoncer.


Nous nous approchons des bols sans anse et vérifions qu'ils contiennent bien la drogue que nous envisageons de consommer pour cette soirée défonce. Effectivement je vois dans chaque bol une poudre blanche très fine, et une sorte d'herbe hachée et marron pouvant ressembler à du thé en vrac... 


A ce moment là, grand moment d'introspection... Ai-je vraiment envie de consommer ces produits sachant pertinemment que le lendemain je ne me souviendrais plus de rien, que le jeu n'en vaut sans doute pas la chandelle. Et je comprends qu'au fond de moi je n'ai pas envie de consommer ces produits qui permettent à n'importe quelles énergies ou forces de s'emparer de mon psychisme.

J'ai un peu peur de décevoir mon pote mais cependant je lui dis : "je n'en prendrais pas, je n'en ai pas envie."

Contre toute attente, il me réponds : "moi non plus, je n'en ai pas envie".

Nous décidons de passer la soirée ensemble en buvant de la tisane et il me dit ironiquement et en même temps non ironiquement : "Qu'est-ce qu'on va se marrer !"

Fin du rêve (5 h du matin pour moi) !

Je ne sais pas ce que j'ai avec la tisane en ce moment ! ;-) 

samedi 11 avril 2026

Gaius sous ergot de seigle ! (nouvelle version)

 

(d'après Caledonian Forest de Jakub Rozalski)

Caledonia, dans le vide glacé, au-delà de la Raison.

À l’attention de Flavia, ma chère épouse.

Flavia, ne brûle pas cette lettre avant d’avoir lu le nom de celui qui l’a écrite. Si elle te parvient, c’est que le silence de la Neuvième Légion est enfin devenu officiel à Rome. Sache que nous ne sommes pas tombés avec la gloire des héros, mais dans l'agonie lente des parias, le cerveau bouilli par un poison que nous avons nous-mêmes pillé.

Trente jours ont passé depuis que nous avons mis à sac un village picte abandonné. Dans leur grenier de terre, nous avons trouvé des sacs de seigle. Les grains étaient noirs, cornus, comme des griffes de corbeaux pétrifiées, mais la faim nous avait déjà rendu fous. Nous en avons fait un pain lourd et amer, que nous avons dévoré sous la pluie. C'est là, Flavia, que le monde a commencé à se défaire.

Dès les premières aubes, un froid contre-nature s’empara de nos extrémités. Nous crûmes d'abord aux morsures du climat calédonien, mais bientôt, une brûlure invisible commença à ronger nos chairs de l'intérieur. Au septième jour, l'air devint épais, strié de traînées de soufre, et la forêt cessa d'être silencieuse : elle se mit à murmurer nos noms.

Depuis nos repas maudits, les arbres bougent comme des membres de géants. Je vois les écorces se transformer en visages hurlants qui nous fixent. Ce n'est plus de la boue noire qui tapisse le sol, mais une mer de fourmis invisibles qui grouillent sous nos pieds. Mon genou gauche, brisé sous le bouclier d'un Germain, ne craque plus seulement ; il me siffle des secrets à chaque pas, me disant que la terre est un ventre et que nous sommes déjà en train d'être avalés.

La dysenterie ravage les rangs, mais le mal qui brûle nos membres est pire. Mes hommes hurlent que leurs mains sont en flammes, alors qu'elles sont glacées et noires comme le charbon. Certains ont commencé à s'arracher les doigts, croyant qu'ils étaient devenus des racines de seigle. L'odeur de la maladie se mélange à une vision insoutenable : la brume n'est plus blanche, elle est striée de veines mauves et de traînées de soufre qui dansent entre les troncs.

Autour de nous, les bois respirent pour de bon. J'entends le craquement des branches, mais quand je regarde, je vois des centaures de brume et des spectres aux yeux de phosphore. La discipline de la Neuvième n'est plus qu'un masque de cire qui fond sous un soleil violet que je suis seul à voir. Nos boucliers rouges ne sont plus de bronze et de bois, ils sont devenus des bouches ouvertes qui tentent d'avaler la pluie.

Devant nous, sur cet autel d'ossements qui vibre d'un chant guttural, se dresse l'Abomination. Un dieu-loup immense, dont la fourrure semble tissée d'étoiles mortes. Ses yeux ne sont pas des yeux, ce sont des puits profonds où je vois Rome brûler. Derrière moi, mes légionnaires ne sont plus que des pantins de paille. Leurs mains, rongées par les engelures et les convulsions, agrippent des pilums qui se tordent comme des serpents entre leurs doigts.

Le Mur d'Hadrien n'était qu'une ligne tracée dans le sable d'un rêve. La réalité, c'est ce monstre dont la gueule s'ouvre sur l'infini. Je ne sais plus si je combats des Pictes ou les démons nés de ce pain noir. J'ai dû m'appuyer de tout mon poids sur ma lance, bien que le bois me semble désormais mou comme de la chair humaine.

Je resterai debout, Flavia, même si mes pieds meurent et que mon esprit s'envole vers des jardins de verre. Dis à nos fils que leur père a vu les confins du monde, là où la pierre devient fumée et où l'Empire s'efface dans le délire d'une bête que la raison ne peut nommer.

La brume mauve est sur nous. L'odeur de la charogne, du loup et du seigle brûlé m'étouffe.

Adieu, mon amour.

Gaius.

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L'ergot de seigle : c'est ce qu'on appelle le Feu de Saint-Antoine (ou ergotisme). Ou Bad Trip !

C'est un champignon parasite nommé Claviceps purpurea. Il adore l'humidité (exactement ce qu'on trouve en Calédonie). Il remplace les grains de seigle par des excroissances noires et dures qui ressemblent à des ergots de coq.

Si l'on en fait de la farine, le cauchemar commence...

L'ergot contient des alcaloïdes, notamment de l'ergotamine (c'est à partir de cette substance que le chimiste Albert Hofmann a synthétisé le LSD en 1938. Apparemment il l'a testé sur lui-même mais là c'est une autre histoire !)

À l'époque, l'ergotisme se manifestait sous deux formes charmantes :

  • L'ergotisme gangreneux : les alcaloïdes contractent les vaisseaux sanguins. Le sang ne circule plus dans les doigts et les orteils. Ça brûle (d'où le nom de "feu"), ça devient noir, et ça finit par tomber. 

  • L'ergotisme convulsif : les hallucinations commencent. Les victimes souffrent de spasmes musculaires, de psychoses et de visions délirantes.

De nos jours, on utilise parfois encore des dérivés de l'ergot en médecine. Qui a la migraine ici ?! ;-)

On ne consomme évidemment plus le champignon brut, mais on en extrait ou synthétise des alcaloïdes précis pour des usages très ciblés :  lutte contre les migraines par exemple grâce aux propriétés de vasoconstriction des vaisseaux sanguins de l'alcaloïde.

Même aujourd'hui, si un patient prend trop de dérivés de l'ergot ou s'il y a une interaction avec d'autres médicaments (comme certains antibiotiques etc...), il peut faire un "ergotisme médicamenteux". Et on retrouve les symptômes décrits par Gaius : les doigts deviennent froids et blancs, des douleurs de brûlure apparaissent (le fameux Feu de Saint-Antoine)...


vendredi 10 avril 2026

Un petit différend avec l'IA, les limites du monde connu...

Je demandais à l'IA qui était le créateur du dessin de mon post précédent représentant un centurion et un ours. Elle me répondit  : Jakub Rozalski. Pas d'accord, c'était moi la créatrice  ! Bien entendu je fis quelques recherches pour comprendre cette erreur de l'IA et je découvris cette œuvre intitulée "Caledonian forest" du fameux Jakub Rozalski (illustrateur polonais). Rendons à César ce qui est à César ! 

Cette œuvre dépeint une confrontation glaciale entre la civilisation romaine et des forces surnaturelles au cœur de l'ancienne Écosse.


Caledonia, dans le vide glacé, au-delà de la Raison. À l’attention de Flavia, ma chère épouse.

Flavia, ne brûle pas cette lettre avant d’avoir lu le nom de celui qui l’a écrite. Si elle te parvient, c’est que le silence de la Neuvième Légion est enfin devenu officiel à Rome. 

Si ces mots voyagent jusqu'à toi mon amour, c’est un véritable miracle. Si la Neuvième Légion n'est plus qu'un nom rayé sur les tablettes de Rome, sache que nous ne sommes pas tombés avec la gloire des héros, mais dans l'agonie lente des parias.

Nous sommes au bord d’un monde qui n’aurait jamais dû être découvert. Ici, la terre ne finit pas par l’Océan, mais par un cauchemar de bois et de brouillard. 

Flavia, tu te demandais pourquoi l'Empereur nous avait jetés dans cet enfer vert. La réponse est aussi amère que le givre sur mon armure : pour une ligne sur une carte. Rome ne supporte pas les taches blanches. On nous a envoyés ici pour traquer les derniers rebelles Pictes qui harcelaient nos frontières, mais surtout pour prouver que nulle forêt n'est assez dense pour échapper au cens romain. Nous sommes les arpenteurs de l'impossible, envoyés pour planter des bornes milliaires dans le chaos.

Il y a des mois, nous avons franchi le Mur d’Hadrien. J’ai posé ma main sur sa pierre solide, pensant que Rome avait domestiqué le monde. Quelle arrogance. Ce mur n’était pas une défense, c’était une frontière que nous n’aurions jamais dû franchir. Dès que les portes se sont refermées derrière nous, la terre elle-même a commencé à nous dévorer.

Il faut que tu comprennes que ce mur n’est qu’une minuscule cicatrice sur le visage d’une bête bien plus grande. Nous l'avons laissé derrière nous, remontant vers le Nord par des sentiers que même les chèvres évitent, nous enfonçant dans cette forêt calédonienne. Lorsque nous avançons, un labyrinthe d'arbres millénaires semble se refermer derrière nous comme les portes d'un cachot. Notre logistique a fondu. Plus de blé, plus de vin, seulement l'eau croupie des marais et la peur qui ronge les entrailles. Mon genou gauche, brisé sous le bouclier d'un Germain il y a dix ans, craque à chaque pas dans cette boue noire ; il me rappelle chaque mille parcouru loin de toi.

La forêt calédonienne n'est pas faite de bois et de sève, mais de brume et de mort. La nourriture nous a manqué après seulement dix jours. Nous en sommes réduits à mâcher des racines amères et du cuir bouilli, quand nous ne nous battons pas pour un rat de marais. Les hommes sont des spectres. La dysenterie ravage les rangs ; l'odeur de la maladie est devenue notre seule compagne, plus étouffante que le brouillard. Beaucoup ne tombent pas sous les flèches pictes, mais s'effondrent simplement dans la boue, vidés de leur vie, les yeux mangés par les fièvres qui nous font délirer la nuit.

Mon genou gauche n'est plus qu'une plaie de douleur lancinante à chaque pas dans ce limon noir, et mon épaule droite, jadis si forte, est si raide que je ne peux plus ajuster ma propre cuirasse. Mais ma douleur n'est rien face à la peur qui s'est installée dans nos cœurs. Ce n'est pas la peur du soldat face à l'acier, c'est une terreur animale, celle d'être une proie. La nuit, on n'entend pas le vent, on entend les murmures de ceux qui nous traquent.

Autour de nous, dans la brume blanche, les bois respirent. On entend le craquement des branches sous des pattes lourdes. Ils ne chargent pas encore. Ils nous observent, nous, les "conquérants", réduits à une poignée d'hommes transis de froid et de douleur. La discipline de la Neuvième n'est plus qu'un masque de cire qui fond. Nos boucliers rouges semblent déjà trempés de notre propre sang dans cette lumière blafarde.

Devant nous, sur cet autel d'ossements, se dresse l'Abomination. Un dieu-loup, immense, dont le regard semble peser plus lourd que nos boucliers. Derrière moi, mes légionnaires tremblent. Leurs mains, rongées par les engelures et la faim, agrippent des pilums qu'ils ont à peine la force de lancer. La discipline de fer de la Neuvième a fondu sous la pluie incessante. Nous ne sommes plus une légion, nous sommes un troupeau de malades attendant le couteau.

Le Mur d'Hadrien était une illusion de pierre. La réalité, c'est ce monstre et cette meute qui se dessinent dans la brume laiteuse. Ils attendent que l'épuisement finisse de nous briser.

J'ai dû m'appuyer de tout mon poids sur ma lance pour que mon genou ne cède pas devant l'ennemi. Je resterai debout, Flavia. Pas pour Rome, pas pour l'Empereur qui nous a jetés dans cette tache blanche* pour satisfaire son orgueil, mais pour que tu puisses dire à nos fils que leur père n'est pas mort à genoux dans la boue. Dis leurs que la gloire de l'Empire finit ici, dans le cri d'une bête que la raison ne peut nommer, bien loin, trop loin, de la protection de pierre que nous avons construite.

La brume est sur nous. L'odeur de la charogne et du loup m'étouffe.

Adieu, mon amour.

Gaius.


Mur d'Hadrien : C'était une immense fortification de pierre et de terre, construite à partir de l'an 122 après J.-C. sur ordre de l'empereur Hadrien. Il traversait toute la largeur de l'Angleterre actuelle soit environ 117 kilomètres (80 milles romains).Il servait de limite comme s'il disait :  "Ici s'arrête la civilisation romaine, là-bas commence la barbarie". Il servait également de douane pour taxer les marchandises et surveiller qui entrait ou sortait de la province de Bretagne. Il protégeait des incursions des tribus calédoniennes du nord, les Pictes (ancêtres des Écossais). Aujourd'hui, on peut encore voir et marcher sur de larges portions du mur dans le nord de l'Angleterre. C'est un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. On peut imaginer une frontière spirituelle entre l'Angleterre et l'Ecosse.

Pour mémoire : nous avions vu précédemment que l'empereur Hadrien après la mort de son prédécesseur avait abandonné les territoires conquis par ce dernier (Mésopotamie et Ctésiphon la capitale perse). Hadrien avait jugé ces territoires impossibles à défendre.


Les "taches blanches" chez les romains (TERRA INCOGNITA) : elles font référence à la manière dont les cartographes anciens marquaient les territoires non explorés sur leurs cartes. À l'époque romaine, les cartes étaient loin d'être précises. Lorsqu'un territoire n'avait pas encore été arpenté, mesuré ou conquis par les géomètres de l'armée, l'espace sur le parchemin restait littéralement vide ou blanc. Pour un Empire qui se voulait "universel" (Imperium Sine Fine — un empire sans fin), ces zones blanches étaient une insulte à l'autorité de l'Empereur. Elles représentaient l'inconnu, le chaos et ce qui échappait encore à la loi de Rome.

Envoyer la Neuvième Légion dans ces "taches blanches" était une tentative de transformer l'inconnu en province. Le travail du légionnaire n'était pas seulement de se battre, mais aussi de construire des routes et de borner le terrain.


Ne nous soumets pas à la tentation

 Un rêve cette nuit... Sous l'empire de la drogue, sous l'an pire de la drogue, sous l'emprise de la drogue... (Oui, j'écri...